Gabon - présidentielle du 12 avril : garantir la liberté de la presse, protéger les journalistes et lutter contre la désinformation

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24 mar 2025

Gabon - présidentielle du 12 avril : garantir la liberté de la presse, protéger les journalistes et lutter contre la désinformation

A l’initiative de l’UNOCA,  un atelier de renforcement des capacités des journalistes gabonais en prélude à la présidentielle du 12 avril a eu lieu du 20 au 21 mars 2025 à Lambaréné (Centre-ouest du Gabon), sous le thème : « liberté de la presse, protection des journalistes et lutte contre la désinformation en période électorale ». Organisée en partenariat avec la Haute autorité de la communication (HAC), le PNUD et l’UNESCO, cette activité a mobilisé 34 professionnels de médias (publics et privés) venus des neuf provinces du pays, dont 15 femmes. Elle a permis de rappeler les fondamentaux du journalisme et de passer en revue les questions essentielles relatives à sa pratique en période électorale, en particulier dans un contexte de transition militaire.  

A cet égard, les participants ont davantage pris conscience de la nécessité d’avoir, avant tout, une parfaite connaissance du cadre légal, des organes compétents en matière de gestion des élections et des acteurs clés du processus. Nadine Sandrax Abang Nze, Cheffe de Service à la Direction des Elections et des Libertés publiques au Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité, a fait une présentation détaillée répondant à cette attente. Au-delà de la familiarisation des journalistes avec le contenu du nouveau Code électoral promulgué le 22 janvier 2025, elle a insisté sur ce que les femmes et hommes des médias doivent en savoir et a fourni des indications sur les sources d’information pouvant faciliter leur travail.

Les participants ont aussi suivi avec un grand intérêt des exposés sur les droits et devoirs des journalistes en période électorale ainsi que sur les outils pour mieux informer les citoyens de manière responsable. Ils ont également été sensibilisés sur les précautions à prendre pour contribuer à un scrutin crédible, inclusif, transparent et pacifique. Les experts invités pour faciliter le volet « journalistique » de l’atelier, dont des universitaires, des journalistes expérimentés, des cadres de la HAC, des Nations Unies et du Ministère de la Communication et des Médias, ont notamment mis en relief l’importance de l’impartialité et du traitement équilibré de l’information électorale. Tous les candidats doivent en effet bénéficier des mêmes espaces dans les médias, sachant que la HAC a l’obligation légale de veiller à cette exigence d’égalité et d’équité.

 

« Informer juste et vrai » pour aider les citoyens à faire un choix conséquent

Par ailleurs, dans un environnement de plus en plus pollué par les fake news, les discours de haine et la désinformation, l’attention des professionnels des médias a été attirée sur l’impératif d’intégrer ou de réintégrer la vérification systématique des faits dans leur démarche journalistique. Des techniques de vérification leur ont été proposées ainsi que des astuces pour éviter la production et la publication des informations pouvant causer un préjudice grave à la société, y compris l’incitation à la violence, la menace à la stabilité et à la cohésion sociale. Lors des travaux pratiques, des exemples concrets ont permis aux participants de mieux comprendre ces enjeux et de mesurer, une fois de plus, l’ampleur de leur rôle dans la couverture médiatique d’un processus électoral selon une approche fondée sur la promotion de la paix et des droits de l’homme.

Au total, l’accent a été mis sur la nécessité impérieuse de respecter les règles éthiques et déontologiques du journalisme avant, pendant et après la présidentielle prévue le 12 avril 2025 au Gabon. « Votre travail, Mesdames, Messieurs les journalistes, ne devra  donc être guidé que par le professionnalisme, mais au-delà, par votre sursaut patriotique, l'intérêt général, la consolidation de la cohésion sociale et celle du vivre-ensemble », a résumé le Président de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, lors de la cérémonie de clôture des travaux, en présence de la Secrétaire générale de province, Eryll Bertille Raponat Otewa-Mbina représentante du Gouverneur du Moyen-Ogooue. Il a précisé que dans le contexte actuel, la presse gabonaise doit « informer juste et vrai », afin d’éclairer les citoyens en âge de voter sur les programmes des candidats et les aider à faire un choix conséquent.

Maintenir un climat de paix et de sécurité 

Pour sa part, le Responsable de l’Unité de la Communication stratégique et de l’Information publique de l’UNOCA, Norbert N. Ouendji, a rappelé les conseils formulés par le Représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique centrale et Chef de l’UNOCA, Abdou Abarry, lors d’un séminaire similaire tenu à Lambaréné en août 2023 : il avait souligné que la liberté d’expression dont jouissent les journalistes « doit être mise à profit non pas pour alimenter la violence et les règlements de compte politiques nourris par la calomnie, l’injure et la diffamation, mais pour contribuer, aux côtés des autres acteurs, à maintenir un climat de paix et de sécurité [tout au long du processus électoral] ». Dans ce chapitre, l’importance des missions de bons offices du Représentant spécial a été soulignée au cours d’une session où les participants ont reçu des informations précieuses sur le rôle des Nations Unies dans les processus électoraux. C’était à la faveur d’une session animée par Akinyemi Adegbola, Conseiller électoral principal Afrique à la Division de l'Assistance électorale de l’ONU (Département des Affaires politiques et de la consolidation de la paix/DPPA). Malgré les conditions techniques difficiles qui ont émaillé sa présentation par vidéoconférence, les uns et les autres ont exprimé leur satisfaction. Entre autres, ils ont notamment retenu que, contrairement à une certaine opinion répandue, l’ONU n’observe pas les élections – sauf s’il y a un mandat du Conseil de sécurité ou de l’Assemblée générale qui l’autorise.  

Les échanges ont débouché sur l’adoption de deux documents dans lesquels les participants, qui ont tous reçu une attestation, affirment leur détermination à respecter les valeurs fondamentales du journalisme : la « Charte de bonne conduite des journalistes gabonais en période électorale » et la « Déclaration de Lambaréné » - contenant plusieurs engagements et recommandations qui guideront les actions des journalistes dans l’avenir. Le représentant de l’UNOCA a encouragé les uns et les autres à faire bon usage de ces outils d’auto-régulation pendant tout le processus électoral. Il a précisé que, conformément à son mandat, et en fonction de ses moyens, l’UNOCA continuera à accompagner les organisations professionnelles pertinentes et les institutions nationales compétentes dans la mise en œuvre de leurs priorités en matière de renforcement des capacités des journalistes. L’UNOCA, par la voix de son Responsable de la Communication stratégique et de l’Information publique, a ajouté que, comme d’habitude, et dans la mesure du possible, il le fera en synergie avec les autres agences spécialisées des Nations Unies.